Le temps de l'action
Q
uelle perte de temps ! Il y a trois mois, au sortir d’un vote unanime de notre Assemblée générale, nous exigions du ministère de la Santé l’ouverture immédiate de négociations pour la revalorisation de la marge de dispensation du médicament et pour la rémunération des nouvelles missions autorisées par la loi HPST. Le lendemain, notre ministre de tutelle reconnaissait les difficultés de la profession et jugeait impératif d’adapter son modèle économique. Elle décidait dans la foulée la constitution d’un groupe de travail entre ses services et les syndicats de pharmaciens pour, selon ses termes, « y voir plus clair sur l’évolution des marges des pharmaciens ».
Ce travail a été fait, et nos rencontres avec la Direction de la Sécurité sociale ont permis de démontrer la dégradation flagrante de notre économie et l’inadaptation de notre modèle de rémunération aux évolutions du marché du médicament. Ce constat partagé devait, pensions-nous, engager les services de l’État à formuler des propositions tangibles pour, dans un premier temps, donner de l’oxygène à nos entreprises, et poser dans un second temps les bases d’une refondation de notre rémunération. C’est au nom de ce dialogue préalable, seul à même de définir des pistes d’avenir, que nous avions consenti à suspendre toute action de protestation. Notre sens des responsabilités a été – et je pèse mes mots – purement et simplement trahi.
Aucune proposition ne nous a été faite le 1er juillet. Aucun début de réponse ne nous a été apporté. Comme si la réalité des faits ne suffisait pas à convaincre nos interlocuteurs de l’urgence d’agir, conformément à l’espoir qu’avait fait naître ces discussions. Qu’en penser ? Quel enseignement tirer d’une telle impassibilité ? La survie à court terme de milliers d’officines de quartier ou de zones rurales, de ces postes de santé ancrés dans des territoires en déshérence médicale, mériterait-elle moins d’attention qu’une équipe de footballeurs ? Moins de considération que des professions campées sur leur liberté d’installation, et rétives à toute idée de partage des responsabilités dans le seul intérêt du patient ?
Je crois que les pouvoirs publics ont largement sous-estimé le degré d’exaspération de nos confrères, et la FSPF a choisi d’en tirer les conséquences. Notre sens aigu des responsabilités ne nous a jamais empêchés, quand les voies du dialogue menaient à l’impasse, de prendre les mesures qui s’imposaient. C’est pourquoi les présidents départementaux de la Fédération, réunis le 7 juillet en Assemblée générale extraordinaire, ont choisi de tirer les conséquences du mutisme de l’administration. Nous vous avons donc appelés, dès le 10 juillet, à cesser toute participation au service de garde et d’urgence, les tableaux de garde déjà établis étant automatiquement frappés de caducité. Dans le même temps, nous avons appelé chacun de vous à limiter son stock de génériques d’ici au mois de septembre et à s’approvisionner préventivement en feuilles de soins papier. Faute de réponse rapide aux difficultés criantes qui fragilisent un nombre croissant d’officines, nous n’hésiterons pas à intensifier nos actions. En ces temps de rigueur, il serait absurde de s’aveugler plus longtemps sur le potentiel économique que recèle un réseau d’officines assez solide pour s’engager dans de nouvelles missions, au service d’une maîtrise médico-économique dans laquelle nous avons déjà fait nos preuves. Qu’on nous donne maintenant les moyens de cet engagement !
Philippe Gaertner
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France
13 rue Ballu 75311 PARIS Cedex 09